Clinique

Les paradoxes des progrès de la vaccination infantile

La vaccination permet aujourd’hui de prévenir, chaque année, la mort de trois millions d’enfants, dont un million grâce à la seule vaccination contre la rougeole. A l’exception de l’accès à l’eau potable, aucune autre modalité, pas même l’avènement des antibiotiques, n’a eu un tel impact sur la réduction de la mortalité.

La seconde moitié du XXe siècle a été marquée, sur le plan de la santé publique, par l’éradication mondiale, sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour la première fois, d’une maladie qui avait représenté un fléau pour l’humanité : la variole. Aujourd’hui, la poliomyélite est en voie d’éradication. Les prochaines maladies dans le collimateur de l’OMS sont l’hépatite B et la rougeole. En effet, leur seul réservoir étant humain, si la majorité est vaccinée, le germe ne circule plus. Les rares individus non vaccinés, ne rencontrant pas le germe, ne peuvent le disséminer et la maladie s’éteint. Mais il suffit de quelques pour cents d’individus non vaccinés pour que l’éradication ne puisse se faire.

Suspicion

En France, seuls 30 % des nourrissons sont vaccinés contre l’hépatite B. Pourtant, l’intérêt de ce vaccin n’est plus à démontrer. Il protège efficacement contre les complications de la maladie à type de cirrhose ou de cancer du foie. C’est, en effet, le premier vaccin contre un virus cancérigène humain. En Italie du Sud, après onze ans de pratique de la vaccination, le pourcentage des enfants de cinq à dix ans porteurs du virus est passé de près de 11,9 % à 1,6 %. Cette diminution est également observée chez les individus non vaccinés, passant de 13,4 % en 1978 à 7,3 % en 1989, indiquant que la réduction du portage du virus a entraîné une baisse de sa transmission.

La décision des pouvoirs publics français de ne plus vacciner les adolescents dans le cadre de la médecine scolaire a jeté une suspicion sur ce vaccin alors qu’aucune complication n’est jamais survenue chez le jeune enfant et que la protection qu’il confère est très durable. Outre les dangers d’hépatite B toujours encourus par la population française, sa réticence à la vaccination porte un coup dur au programme OMS, car il n’existe pas de frontière pour les microbes.

De même, le programme d’éradication de la rougeole prévu depuis dix ans par l’OMS aurait dû aboutir cette année, au moins dans les pays développés. En Europe, où on vaccine en même temps contre la rougeole, les oreillons et la rubéole ¯ vaccin ROR ¯, le programme a pratiquement réussi en Finlande (pas un cas de rougeole depuis 1996), en Suède et en Angleterre. Mais quelques pays sont à la traîne, en particulier la France. « La couverture vaccinale a rapidement progressé jusqu’à atteindre 82 % en 1995, mais elle stagne depuis », a rapporté le docteur François Baudier de la Caisse nationale d’assurance- maladie (CNAM), lors d’une conférence de presse, jeudi 14 septembre, à Paris. Si ce niveau est suffisant pour réduire l’incidence des trois maladies, il ne l’est pas pour neutraliser le réservoir des virus. Un taux de couverture de 95 % est nécessaire pour atteindre cet objectif. La chance de rencontrer le virus diminue, la contamination est donc plus tardive.

Conscience des risques

La CNAM et le Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) lancent une vaste campagne à destination des parents, pour qu’ils prennent conscience des risques encourus par leurs enfants non vaccinés, et vers les professionnels de santé, dont plus de la moitié ne suit pas les recommandations du calendrier vaccinal. « Nous nous sommes aperçus que de nombreux enfants âgés de plus de sept ans ont été vaccinés récemment, explique le docteur Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à l’Institut de veille sanitaire. Cela montre que le message sur la nécessité de vacciner passe. Mais il y a encore beaucoup trop de grands enfants non vaccinés, qui laissent circuler le virus. Nous ne pouvons nous satisfaire de ces résultats car, bien qu’on ait fortement réduit le nombre de rougeoles, on observe une augmentation de l’âge des malades et de la fréquence des complications. On meurt encore de rougeole en France en l’an 2010 et c’est inacceptable. »

« La rougeole est considérée à tort comme une maladie bénigne. Elle peut être à l’origine de nombreuses complications dont certaines redoutables, comme les encéphalites et la panencéphalite subaiguë sclérosante (PESS) qui peut survenir des années après une rougeole banale », souligne le professeur Philippe Reinert, vice-président du comité technique des vaccinations et qui, en tant que pédiatre, en a soigné plus de deux cents en quinze ans.

Les oreillons sont moins graves, mais on connaît les risques de stérilité si les testicules ou les ovaires sont infectés.

La rubéole, quant à elle, serait totalement bénigne si elle ne risquait de contaminer une femme enceinte et d’infecter le foetus. Les conséquences sont particulièrement lourdes pour le bébé lorsque la maladie survient au cours du premier trimestre de la grossesse, pouvant entraîner des malformations cardiaques, oculaires avec risque de cécité, auditives entraînant une surdité, et aussi neurologiques avec une déficience mentale. Un réseau a été mis en place qui a constaté une recrudescence des infections rubéoleuses pendant la grossesse, atteignant une dizaine de cas pour 100 000 naissances.

La stagnation de la couverture vaccinale en France est liée à l’opinion négative de certaines familles, mais aussi d’un nombre significatif de professionnels de santé, à des occasions manquées par oubli ou négligence, et aussi à une sous-estimation des risques liés aux trois maladies. « Une enquête du CFES avec la CNAMTS et la FNORS a montré que c’est la crainte des complications liées à la vaccination qui arrive en tête des raisons motivant les refus de vaccination, affirme Bernadette Roussille du CFES. En revanche, ces mêmes parents ignorent la gravité des complications auxquelles ils exposent les enfants. La mise en place d’une seconde dose vaccinale entre trois et six ans a tardé à se mettre en place, de même que la gratuité du vaccin, qui n’est que très récente. Une mobilisation des parents et des professionnels de santé, médecins et pharmaciens, est nécessaire. Le drame que représente la survenue d’une PESS justifie à lui seul l’éradication de la rougeole. »


Elisabeth Bursaux

Le Magazine de Santé

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